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Full text of "Alfred Capus. Biographie précédée d'un portrait-frontispice"

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ALFRED CAPUS 




Cliché Cautin et Berger 



Alfred Caits 



"C LJJU 

^*T LES CÉLÉBRITÉS D'AUJOURD'HUI 



Alfred Capus 



Edouard GUET 



BIOGRAPHIE PRECEDEE D IN PORTRAIT-FRONTISPICE 

ILLUSTRÉE DE DIVERS DESSINS ET D'UN AUTOGRAPHE 

SUIVIE D'OPINIONS ET DUNE BIBLIOGRAPHIE 

ORNEMENTS TYPOGRAPHIQUES d'oRAZI 





PARIS 

BIBLIOTHÈQUE INTERNATIONALE D'ÉDITION 

E. SANSOT et Cie, Éditeurs 

53, Rue Saint-André-des-Arts, 53 



1904 



IL A ETE TIRE DE CET OUVRAGE : 

Dix exemplaires sur Japon numérotés de 1 à 10. 
Cinq exemplaires sur Chine numérotés de 11 à 15. 
Quinze exemplaires sur Hollande numérotés de 16 
à 30. 



Pu 




ALFRED CAPUS 




arce que M. Alfre 1 (la pus a 
écrit une comédie qui réussit 
de la façon la plus heu- 
reuse, on a fait de son nom 
un synonyme du mot veine. 
Et la plupart de ses admi- 
teurs conservent jalouse- 
ment le souvenir unique d'une œuvre qui ne révéla 
pas un nouvel auteur dramatique, mais qui mil un 
écrivain en pleine lumière. Vraiment, pour la 
généralité des contemporains, le nom de Capus 
demeure, malgré tout, inséparable de la veine. 

Dans cette manière de le cataloguer, il y a un 
peu de puérilité et beaucoup d'injustice. On oublie 
trop qu'avant de ressentir les émotions agréables 
du triomphe, il avait connu celles du succès, et que, 
en 1901, son répertoire comprenait déjà dix pièces 
représentées, dont huit en trois et quatre actes, 
parmi lesquelles une exquise comédie. Rosine, et 
le joyeux éclat de rire en trois phases que sont les 
Maris de Léontine. Cependant, si l'on ne songe pas 



— 6 — 

assez aux œuvres de Capus, antérieures a la Veine, 
c'est peut-être parce qu'il ne s'est pas imposé bru- 
talement dès ses débuts à la scène, en 1894. E n 
effet, il n'a pas atteint le premier rang des drama- 
listes d'aujourd'hui à la faveur d'une surprise, d'un 
scandale ou d'un succès aussi bruyant que préma- 
turé ; il s'est, au contraire, affirmé peu à peu, 
davantage à. chaque pièce nouvelle. Il amis, à éta- 
blir sa fortune littéraire, une patience qui donne 
une singulière signification à sa philosophie gra- 
cieuse, à son « optimisme toujours souriant». C'était 
d'ailleurs à celle patience qu'il faisait allusion 
quand il disait récemment à M. Paul Acker : « J'ai 
su attendre et j'ai toujours fâché d'arranger la vie 
au mieux de mes désirs... La fortune ne me souriait 
pas, mais je ne désespérais point, car je savais déjà 
que tout s'arrange, et tout en effet s'arrangea ( 1 ). » 
Toutefois, l'auteur delà. Veine ne sut pas seulement 
« attendre » : il sut aussi « vouloir ». Mais sa 
volonté, à lui, n'avait rien d'autoritaire ni de 
batailleur ; elle était plutôt inerte qu'impérieuse: 
Il est rare que les événements susceptibles de jeter 
la perturbation dans l'économie de noire vie journa- 
lière, soient irrémédiablement fâcheux. La volonté 
que préconise Capus, après l'avoir pratiquée, con- 
siste a découvrir la part favorable — parfois 
mince — qui reste dans ces événements — contre 
lesquels nous ne pouvons rien le plus souvent — et 
à en tirer le meilleur parti possible. On le voit, une 
semblable volonté est faite d'adresse, de finesse, de 
bonne humeur ; elle est ondoyante et variable, elle 
ne brise rien, mais elle n'est jamais brisée. 

La Veine n'a donc été, en somme, que l'œuvre 
qu'on attendait de Capus, — et qu'il attendait, lui 



1. M. ]';ml Acker. Petites confessions (visites et por- 
traits . 



aussi, sans doute. Il avait foi en son œuvre et 
comptait sur elle. Pourtant elle fut cause qu'il 
douta un instant de lui. ainsi qu'il en fit un jour 
l'aveu à Henry Bauér : « J'avais remis une pièce 
(la Veine) au Vaudeville. Ce que je subis d'humi- 
liations et de contre-temps et d'absurdité entre le 
ménage Porel !... Ce qu'on fit pour me dégoûter du 
métier d'écrire et de la pièce contestée, raillée, 
décriée et finalement refusée .'... Bientôt je doutai 
de moi : je devins presque malade d'ennui etd'éner- 
vement ( l ). » 77 est probable que le refus de Porel a 
été propice à la Veine ; en tout cas, l'abattement de 
son auteur ne dura pas et celui-ci eut raison une 
fois de plus. 

Logiquement, l'optimisme de Capus l'a conduit 
au fatalisme discret et confiant, bien plus méridio- 
nal qu'oriental, qui est une des caractéristiques 
essentielles de toute sa production dramatique ou 
romanesque. Et ce fatalisme-là, devenu en quel- 
que sorte l'atmosphère ambiante de son œuvre, 
Alfred Capus a réussi non seulement à le dévelop- 
per, mais a l'imposer, pour la joie et aux applau- 
dissements du public, sur la plupart des scènes des 
boulevards de Paris, grâce à une merveilleuse 
variété de la forme à laquelle il associe une extra- 
ordinaire richesse de dialogue. Il est vrai qu'on 
ne saurait être un homme d'esprit sans posséder la 
variété et sans avoir été joué aux « Variétés » ; or, 
l'élégance, la finesse, l'imprévu de l'esprit de l'au- 
teur des Deux Écoles, sont de notoriété publique. 
Ainsi est l'homme, d'ailleurs : distingué sans pré- 
tention, quelquefois frondeur, point méchant, tou- 
jours délicat et d'humeur égale. Enfin il y a en 
lui un fonds de bonté agréable, à peine raisonnée, 



1. Henrv Bauër. Préface de Sa Maîtresse.. 



surtout naturelle, qui en fait vraiment Vhomme- 
type de son œuvre. 



La vie littéraire d'Alfred Capus peut se diviser 
en trois phases absolument distinctes : il est 
d'abord journaliste, romancier ensuite, auteur dra- 
matique enfin. On rencontre peu d'exemples, dans 
le inonde des écrivains, d'une évolution aussi nor- 
male : cela, parce que peu d'hommes ont été aussi 
peu pressés que lui d'atteindre le but auquel ils 
aspiraient. Mais cette constatation devient encore 
infiniment plus curieuse quand on se rappelle que 
son premier article de journal était précisément, 
consacré à Darwin. Le grand philosophe anglais 
venait de mourir ( 1 9 avril 1882), et le hasard 
avait voulu qu'aucun collaborateur du journal le 
Clairon n'osait ou ne pouvait se charger d'écrire la 
sérieuse étude nécrologique qu'exigeait ce triste 
événement. Capus sortait alorsde l'Ecole des Mines 
OÙ il s'était presque familiarisé avec les théories 
scientifiques de Darwin : il rédigea aussitôt les 
centaines de lianes de « copie » d'actualité que 
réclamait le journal < 1 ) ; cet article fut signé 
Canalis, pseudonyme qu'il a conservé ensuite pen- 
dant quelque temps au Clairon. .1 cette époque. 
Alfred Capus avait vint/ /-trois ans, — il est né 
en Provence, à Aix, le 25 novembre 1858. 

C'est sous le clair soleil de la Provence </u'il 
grandit et revoit sa première éducation. Mais I en- 
fant reste peu de temps dans la vieille cité romaine 
OÙ il est venu au momie. D'Aix, il fiasse à Marseille. 
et, dans celle ville, quelques personnes ont encore 



i. L'article parut en première colonne du n»du 21 avril 
L882. 



le souvenir d'un Capus tout bambin qu'elles ont 
connu rue Nau. Puis sa famille l'envoie au 
lycée de Toulon qu'il quille à quatorze ans, en 
1872, pour venir à Paris continuer ses éludes au 
lycée Fontanes, actuellement lycée Condorcet. A 
ce moment-là, le futur auteur de la Veine est assez 
âgé pour apporter avec lui tout un fond d'impressions 
et de souvenirs vivaces que Paris ne devait jamais 
parvenir à effacer entièrement. Et ces souvenirs 
ont été ceux que laissent une chaude nature enso- 
leillée. Il a donc gardé l'amour de la lumière, de 
la clarté. Son appartement de la rue de Chàteau- 
dun, aussi bien que sa maison de campagne de 
Vernou-sur-Brenne, en Touraine, sont pleins de 
soleil et d'une gaieté qui provient de l'atmosphère. 
des choses et non des hommes ; cette gaieté est 
interne, point bruyante. Et tout son théâtre est 
ainsi : joyeux sans éclat, caressant comme une 
effluve marine. Voilà ce qu'il a gardé de la Pro- 
vence : c'est, en somme, le meilleur. 

D'autre part, le lycée Condorcet est à proximité 
du boulevard. Ce détail a également son impor- 
tance dans la vie d'Alfred Capus, car le hasard, 
en jetant l'écolier sur la rive droite, a eu sa réper- 
cussion, sur son avenir. Il a simplement suivi cette 
loi, bien connue des Parisiens, qui veut que ion 
.s'attache plus particulièrement à celle des deux 
rives de la Seine sur laquelle on se fixe en arri- 
vant dans ta capitale. Eh bien ! Capus, tombé sur 
la rive droite, ne la quittera plus. Un peu plus tard, 
admis à VEcole des Mines, il ira chaque jour, à 
pied, des Batignolles au Luxembourg pour suivre 
ses cours ; malin et soir il traversera les boulevards, 
si bien que ceux-ci exerceront rapidement une 
véritable attraction sur le jeune étudiant. Il est 
vrai que ces promenades pédestres à travers Paris 
avaient lieu vers 1 $80, et qu'alors les boulevards 



— 10 — 

étaient dans foute leur splendeur; une animation 
à la fois élégante et joyeuse régnait sur celle large 
bande bordée d'arbres qui. va de la Madeleine au 
faubourg Montmartre. Capus s'aperçut que ce 
spectacle offrait plus d'agrément que les cours de 
l'École; que le fourmillement, la rie ferreuse des 
boulevards étaient plus intéressants à suivre que la 
reconnaissance de minerais étiquetés sur une table 
de laboratoire. Il ambitionna d'être, lui aussi, un 
« boulevardier ». Mais la réalisation de ce rêve 
lui /il délaisser un peu l'étude des couches terres- 
tres, de la résistance des métaux, de telle façon 
qu'il sortit de V Ecole des Mines sans avoir pu obte- 
nir le diplôme d'ingénieur que les siens convoi- 
taient pour lui. 

Ainsi, parmi les écrivains notoires d'aujourd'hui, 
Alfred Capus, Maurice Donnai/, Marcel Prévost, 
François de Curel et quelques autres, sont ingé- 
nieurs ou du moins ont tenté de l'être, comme 
Alfred Capus. Ils ont abandonné sans regret une 
profession honorable et presque sûre — choisie par 
leurs familles, pour la plupart, — pour en prendre 
une autre fort hasardeuse, fort longue! Voilà un 
phénomène qui laisse loin en arrière les auteurs 
dramatiques qui occupaient les théâtres après 
1850. Ceux-ci. jilus pratiques, ne délaissaient que 
des études d'officiers ministériels ou des laboratoi- 
res de pharmaciens. A celle élévation du niveau de 
l'instruction première des écrivains, les lettres 1/ 
ont certainement gagné, ne serait-ce qu'en ce qui 
concerne la langue qui est au moins française au 
lieu d'être une langue de tabellion. 

Si Alfred Capus n'était point ingénieur diplômé, 
il pouvait, en revanche, prendre le titre il' homme 
de lettres, et même déjà celui d'auteur dramatique. 
En effet, en I S ' S . il avait publié, en collabora- 
tion avec son camarade !.. Vonoven. un volume île 



— 11 — 

nouvelles. Les Honnêtes Gens(l). L'année .suivante, 
les deux jeunes collaborateurs faisaient représenter 
au théâtre Cluny, matinées Talien, une petite pièce 
en un acte, le .Mari malgré ui, dont le succès fut 
assez grand puisqu'elle eut dix-huit représentations 
alors que les autres œuvres dépassaient rarement le 
nombre de dix représentations. Le spectacle decette 
matinée (20 avril 1879) se composait de: Le 
Mari malgré lui. comédie en un acte, de A. Capus 
et L. Vonoven ; Sylvia, comédie en un acte, en vers, 
de Générés : et A l'École, messieurs ! comédie en 
un acte de P. Max et G. Dorante. La représentation 
était précédée d'une causerie de Alphonse Pages 
qui annonça au public, au sujet du Mari malgré 
lui. que « l'un des deux auteurs faisait encore son 
volontariat ; Vautre n'était pas majeur. » Capus a 
donc fait ses débuts d'auteur dramatique à ces 
fameuses matinées dédiées aux jeunes auteurs, 
inauq urées le 2 mars 1879, oii débutèrent égale- 
ment Léon llennique. avec l'Empereur d'Assoucv, 
et Brieux. 

De J87 9 à 1882, on n'entend plus parler 
d'Alfred Capus. Durant trois années et même 
davantage, il mène une existence un peu précaire 
et aventureuse, h la recherche d'une occupation 
sociale de quelque fixité. En un mot. il vit de la 
vie de privations et de tristesses qui est celle des 
jeunes gens instruits, en quête d'un emploi, et qiî il 
dépeindra plus lard — en la transposant, naturelle- 
ment. — dans ses romans, en particulier dans le 



i. Ce volume de 271 papes, in-18, édité par Ai.- - 
Ghio. comprenait les cinq nouvelles suivante- : Belliormeau 
père et fils, le ruhan rouge, les haines de Bazuehot. les 
débuts de M. Cardillier, et le Square de Pontvaillon. En 
outre les auteurs annonçaient : En préparation: La Bataille 
de Paris, volume qui n"a jamais paru. 



dernier. Années d'aventures. Ce sera encore à ces 
souvenirs lointains, un peu troubles, qu'il fera 
allusion quand il commencera par celle phrase, un 
article sur les Petites Déclassées au théâtre : « Les 
mêmes causes exactement qui ont jeté, il y a vingt 
ans environ, dans la publicité et le journalisme, 
des milliers de jeunes bourgeois sans fortune, ins- 
truits et mécontents, poussent aujourd'hui vers le 
théâtre d'innombrables jeunes filles pauvres, de 
toute éducation et de toute condition I I. » Peut- 
être déçu, probablement même mécontent lui aussi, 
il allait s'éloigner de Paris, des boulevards, (/lut- 
ter la France, pour exercer en quelque lieu perdu — 
une île incertaine — le métier qu'on avait ambi- 
tionné pour lui. Au moment critique, un petit 
héritage providentiel vint lui permettre cV « atten- 
dre » encore. 

Cependant Alfred Capus n'était pas resté tout à 
fait inactif durant cette période de travaux vagues 
et intermittents ; il avait réussi à entrer en rela- 
tions avec de jeunes écrivains aussi peu connus 
que lui. C'est déjà une entreprise longue et délicate 
que se créer des .unis dans la corporation des 
lettres, quand on n'a pas un père ou un frère 
célèbres pour ouvrir les portes du inonde artisti- 
que. Et Capus était seul. Bientôt il rencontra 
notamment Marcel Prévost (jiii fréquentait les 
salles de rédaction en uniforme de //<</ i/lechmcien , 
et Paul Hervieu, que les Affaires Etrangères enthou- 
siasmaient médiocrement . Ainsi, conduit par des 
camarades, Alfred Cajms se trouva dans les 
bureaux du Clairon à l'instant précis où l'article à 
faire sur Darwin embarrassait tous les collabora- 
teurs. 



i. /.(• Figaro, article du - octobre 1901, 



— Va — 

Le journal paraissait depuis quelques mois 
quand l'auteur de la Veine y publia sa première 
« copie ». J. Cornély en était le rédacteur en chef; 
il avait groupé, pour rédiger le Clairon, déjeunes 
hommes qui ont acquis, depuis, une notoriété dans 
les genres les plus divers. Parmi eux il ne semble 
pas inutile de citer Mermeix, Simon Boubée, Jules 
Ranson, Gaston Jollivet qui racontait en petits vers 
rimes à la hâte les événements du jour, tandis 
qu'Henri Demesse préparait sa future fa brication de 
romans feuilletons populaires en signant des 
colonnes aussi sévères que celles qu'il consacrait à 
Félix Pyat déchu. A dater du 21 avril 1882, 
Capus fut ajouté à cette phalange disparate. Sous 
son pseudonyme de Canalis, il écrivit tantôt des 
Petites notes, tantôt des Notes d'un passant (ce sont 
de courtes critiques, parfois sévères, des p/iéno- 
mènes politiques du moment), tantôt des articles 
de tête, la plupart consacrés à des personnalités, 
et dont un, M. de Champagny, doit être mentionné 
dans cette biographie. 

L'année suivante {1883), Octave Mirbe au fon- 
dait les Grimaces, une très curieuse revue hebdo- 
madaire qui vécut six mois à peine {21 juillet 
iS83 — 12 janvier 1884). Paul Hervieu est 
chargé des « Notes ironiques » qu'il signe Liris, 
Grosclaude y disserte sur « les Nouvelles » ; la 
part d' Alfred CapUs est la rédaction des « Grimaces 
politiques ». Il s'acquitte de sa tâche [jour huit 
numéros ( / . Sa chronique du J er septembre, 
notamment, est un petit chef-d'œuvre d'ironie fron- 
deuse, par endroits même sévère : il y rapporte 



]. Il a signé les Grimaces politiques des n G ' des 21, 
28 juillet, 4, 11, 18, 2ô août, l- r et 8 septembre 1883. A dater 
du ]."> septembre ces clin «niques sont signées Mac-Hiavel : 
ce n'est pas Alfred Capus. 



— 14 — 

d'une manière huile fantaisiste une discussion an 
Conseil des ministres. Enfin la dernière est inspirée 
par la mort du comte de Chamhord. Alors, il passe 
au Gaulois. Le voilà enfin journaliste. De tortueuse 
et entrecoupée qu'elle était, la ligne de son exis- 
tence devient régulière. Mais ce résultat pratique 
n'est pas le seul qu'obtient Alfred Capus. Les 
bureaux du Clairon et des Grimaces, étaient situés 
boulevard des Capucines, de même que ceux du 
Gaulois : Capus fréquentait donc le houlevard. 
L'ancien élève de l Ecole des Mines assistait à la 
réalisation de son rêve ; il avait ambitionné d'être 
un houlevardier : il le devenait peu à peu. 

Ses chroniques du Clairon et des Grimaces pré- 
sentent un véritable intérêt littéraire parce qu'elles 
révèlent un Alfred Capus absolument inédit et 
inconnu aujourd'hui, qu'on ne retrouve même 
plus à ses débuts au Gaulois. Certes, on peut déjà 
y savourer un esprit point banal, mais il y a de la 
rudesse dans cet esprit qui laisse loin le ton ironi- 
que et narquois auquel s'habituera bientôt le jeune 
écrivain ; malgré la spontanéité qu'on entrevoit 
dans le style, ses aperçus politiques n'en sont pas 
moins rigoureux pour les dirigeants qu'il voulait 
atteindre. En passant sous l'égide du coq gaulois, 
Capus s'est-il convaincu que les mouvements de 
révolte, de mécontentement, et la forme agressive de 
la langue sont plutôt la marque de la jeunesse ? 
A-l-il compris très vite (juc c'était faire œuvre 
inutile que réclamer de l'honnêteté, de la logique 
et du sérieux à des hommes publies ? Il ne se sou- 
vient probablement plus lui-même des raisons qui 
l'ont déterminé à chantier le ton de ses chroniques. 
Alors, rapidement, l'ancien rédacteur au Clairon 
manifestera, à l'égard des sujets politiques, une 
inébranlable indifférence compliquée d'une certaine 
méfiance. Il se contentera désormais, comme on la 



— 15 — 

dit justement de « blaguer les hommes et les 
choses ». Il blaguera tout, parce que rien n'a d'im- 
portance, mais le signataire des « Grimaces poli- 
tiques » ne se contentait pas décela. 

Le Gaulois ne donne pas encore la célébrité à 
Alfred tlapus, m même une grande notoriété auprès 
du public. Cependant le nombre de ses amis aug- 
mente, il se répand et se fait estimer dans la répu- 
blique des lettres comme dans le monde où l'on 
imprime. Et c'est ainsi, tout en continuant sa col- 
laboration assidue au journal de M. Arthur Meyer, 
qu'il publie dans l'Echo de Paris naissant, sous le 
pseudonyme de Graindorge emprunté au type de 
Taine, une longue série d'articles rapides, de dia- 
logues charmants de fantaisie et d'imprévu. Puis 
l'Illustration se l'attache, et la Revue bleue lui 
ouvre bi-mensuellement ses vastes colonnes. Capus 
est partout simultanément, de même que quelques 
années après, il sera joué sur toutes les scènes du 
boulevard. Alors, le nombre des nouvelles, des 
croquis dialogues que cet homme d'apparence non- 
chalant et flegmatique, accumule dans les quoti- 
diens, les grands périodiques et les suppléments 
tels que celui du Gaulois ou le Soleil du Dimanche, 
devient très vite incalculable. Enfin, au lendemain 
de la représentation de Brignol et sa tille au Vau- 
deville (l 894), Alfred Capus entre au Figaro. Cet 
événement est, on peut le dire, le couronnement de 
sa carrière de journaliste. Son talent fait de déli- 
catesse souriante, d'élégance simple va se déve- 
lopper encore dans ce journal de l'élégance, dont 
la tenue libérale et distinguée convient merveilleu- 
sement à ses goûts particuliers, à la formule de son 
art. Dès lors il peut se considérer comme uji boule- 
vardier parfait, en quoi il a raison. Et son affec- 
tion pour le Figaro croîtra de jour en jour ; il 
choisira un domicile aux alentours de la rue 



— 10 — 

Drouot, d'abord rue de Maubeuge, puis rue des- 
Martyrs, enfin rue de Chaleaudun où il habite 
actuellement. Après le succès de la Veine, s'il ne 
donne plus à ce quotidien que de rares articles, il 
continuera néanmoins à y passer presque tous les 
jours — quand il sera à Paris — pour se tenir au 
courant des informations et même des potins en 
circulation, car un auteur dramatique sait tout 
utiliser aussi bien qu'un journaliste. Des critiques 
ont rapproché Alfred Capus de Beaumarchais : le 
sentiment profond qu'il éprouve pour le quotidien 
portant le nom du barbier bien français de Caron, 
ne serait-il pas un argument ? 

Les « Au jour le jour » publiés pendant tant 
d'années par Capus dans le Figaro lui ont valu 
une réputation universelle d'homme d'esprit ; son 
théâtre n'a fait qu'étendre et renforcer cette opinion 
qu'on avait de lui. Mais à écrire presque chaque 
jour de courtes conversa/ions spirituelles, Capus 
devient l'un des meilleurs maîtres du dialogue ; il 
acquiert, dans ce genre, le naturel, la souplesse, 
la facilité, /' à-propos et la richesse d'expression 
qui ne tarderont pas h contribuer au succès de ses 
comédies. Car, s'il n'ajoute à son œuvre de roman- 
cier que Années d'aventures, il est à ses débuts de 
dramaliste et il a trente-six ans. l'A sa produc- 
tion théâtrale va prendre une allure accélérée : 
en neuf saisons à peine, Alfred Capus fera repré- 
senter treize grandes pièces parmi lesquelles si.r 
se placeront dans la catégorie des meilleurs succès 
du théâtre contemporain. 



Qui perd gagne {1890), Faux départ [1891), et 
Années d'aventures {1895), ont un fond commun 
qui paraît malgré la diversité d'exécution apportée 



— 17 — 

par fauteur. Dans ces trois romans, Alfred Capus 
dépeint les difficultés que rencontre un jeune 
homme dont l'instruction et l'éducation sont 
moyennes, avant de « faire une fin » convenable 
dans la vie courante. Ses trois principaux héros se 
ressemblent étonnamment quant au moral, mais ils 
évoluent dans des sphères différentes — la publi- 
cité et le journalisme, l'art dramatique, le com- 
merce et l'industrie — et leurs ambitions, quoique 
semblables, ne sont pas absolument identiques. 
Cependant leur origine est commune cartons les trois 
sont issus de la même famille : celle des bourgeois 
âgés de vingt-cinq ans environ, qui n'ont pu péné- 
trer dans la filière sociale vers laquelle on les 
poussait en se servant de V. Université. Le premier, 
Far jolie. « abandonna ses éludes de médecine 
après un examen malheureux ( I ) » ; le second, 
Edmond Desclos, dont la mère « voulut que ses 
enfants fussent élevés comme tout le monde, que 
les garçons fissent leurs éludes dans un lycée (2) », 
échoua trois fois au baccalauréat et dédaigna 
ensuite ce diplôme ; quant au troisième, André 
Jmhert, il commençait son droit lorsque son père, 
obligé par la nécessité, lui fit ce déplorable aveu : 
« La vérité est, mon garçon, que pour continuer 
tes études, il faut que tu aies l'énergie de faire un 
travail lucratif en dehors ; car d'argent, je n'en ai 
plus (3). » 

Ainsi, le degré de l'instruction de chacun d'eux 
est immédiatement indiqué. Définir dès le début de 
l'œuvre la situation respective et antérieure des 
personnages, c'est un procédé où Alfred Capus ex- 
celle et qu'il emploiera pour toutes ses comédies. 



1. Qui perd gagne. 

2. Faux départ. 

3. Années d'aventures. 



— 18 — 

Quant a ses romans, le lecteur sait donc dès les 
premières pages qu'il a devant lui trois types 
différents de la classe des ratés de /' Université. 
L'école en déverse annuellement des milliers sur le 
pavé de Paris ; mais l'écrivain ne s'embarrasse pas 
à analyser les origines ni les causes du malaise 
résultant de la surproduction dératés. A quoi cela 
servirait-il ? pourrait dire fauteur de ( v >ui perd 
gagne. Et de pareilles recherches ne sont -elles pas 
hors du domaine du romancier ? Alfred Capus s'est 
limité à prendre ses personnages au moment où là 
réalité brutale s'apesantit sur eux, à l'instant où 
des événements désagréables les précipitent dans 
la vie qu'ils ignorent et pour laquelle ils ne sont 
pas préparés. Mais l'existence que leur réserve 
Capus est, en vérité, assez peu sévère et il serait à 
souhaiter que tous les Farjolles qui circulent 
partout ne fussent pas davantage maltraités par le 
sort et par les hommes. 

Alfred Capus suit consciencieusement ses trois 
héros à travers les petites difficultés et les déboires 
légers qu'ils rencontrent à Paris. Il dépeint avec 
une patiente simplicité — sans recherche d'effets et 
sans colère, — leurs occupations équivoques, le 
monde interlope où ils s'agitent, l'adresse qu'ils 
déploient à combiner leurs travaux incertains avec 
le jeu et la fête, car tous deviennent joueurs par 
nécessité plutôt que par goût ; et il se trouve parmi 
ces descriptions, des tableaux réalistes d'une véri~ 
table originalité. Enfin, après quelque désastre 
complet, un hasard intervient en leur faveur — le 
hasard est toujours le directeur suprême de ces 
sortes d'existences. La fortune vient tout de même à 
eux sous une forme dont la moralité est parfois 
discutable, mais que leur importe ! Ils pourront 
vivre comme le commun des hommes, paisiblement, 
assagis, pas trop loin de ce Paris qu'ils détestent 



— 19 — 

parce qu'ils y ont laisse toutes leurs illusions. 

En somme, dans son œuvre de romancier, Alfred 
Capus s'est appliqué à présenter une espèce parti- 
culière de bohèmes, les bohèmes en redingote ou 
en habit, rêvant de fortune et de plaisir au lieu de 
qloire et d'art des bohèmes-là, aussi bien que ceux 
décrits précédemment par Henry Murger, suppor- 
tent gaiement leurs misères et l'adversité ; ils ont 
beaucoup d'esprit de même qu'une confiance en 
eux aussi inébranlable qu'immodérée. Seul le 
décor dans lequel se meuvent ces êtres est changé. 
Ce ne sont plus les alentours du Luxembourg ou 
des quais vers 1860, ce sont les boulevards vers 
188b. 

Si, maintenant, on essaye de dégager la physio- 
nomie particulière de chacun des héros des trois 
romans de Capus, on remarque d'abord qu'il y a 
entre Farjolle, de Qui perd ffagne, et Bel Ami, de 
Guy de Maupassanf une remarquable analogie ; 
mais ce n'est qu'une analogie car les caractères de 
ces deux hommes sont différents. Ils se comportent 
à peu près de même dans des circonstances sem- 
blables. Toutefois, l'un subit les événements, 
tandis que l'autre les provoque afin d'en bénéficier 
ensuite ; celui-ci a le tempérament d'une brute en- 
canaillée, celui-là est un délicat timide. Enfin 
Farjolle est immoral par nécessité et insouciance 
quand Bel Ami l'est par volonté. Mais tous les 
deux parviennent au même résultat qui est la for- 
tune acquise grâce à de sérieux accrocs à la morale 
ancestrale de la bourgeoisie dont ils sont extraits. 
Farjolle en jouira sans bruit, avec regret peut-être, 
dans quelque coin solitaire de la banlieue pari- 
sienne ; Bel Ami, au contraire, y trouvera un élé- 
ment nouveau de force et d'orgueil. Quand l'un 
aura assez lutté, l'autre cherchera encore le combat. 

Ce que Farjolle est dans la publicité, Edmond 



— 20 — 

Desclos (Faux départ) l'est dans l'art dramatique. 
Le bachelier raté devient comédien, mais il ne 
sera qu'un « cabot » médiocre ; par compensation 
à son art restreint, ses mésaventures ne se comptent 
pas. Après des péripéties variées, souvent comiques, 
Edmond obtient la tranquillité qu'il désire enfin, 
en se faisant héberger par sa sœur et son beau- 
frère Rongier. Quant à André Imberl, il demeure 
le type le plus achevé, et le plus vrai à cause de sa 
généralité, qu'ait composé Alfred Capus romancier. 
En lisant Années d'aventures, on voit se dérouler 
la vie de misère, de souffrances périodiques des 
employés de commerce ou d'industrie, assez tardi- 
vement introduits dans des professions pour 
lesquelles ils sont inaptes, qui sont mariés et à qui 
surviennent des enfants. Quoique la bonne humeur 
d'André ne faiblisse jamais, le livre est triste. 
douloureux, par endroits même angoissant, parce 
que ce Imbert, synthétise une collectivité d'hu- 
mains malheureux et fiers dans leur pauvreté. On 
peut donc dire, après M. Jules Lemailre, que 
Capus est avant tout un écrivain réaliste, mais son 
réalisme à lui n'est pas un procédé littéraire dis- 
cutable, il est simplement objectif. Et ce réalisme- 
là est peut-être plus apparent dans les nouvelles et 
les dialogues que l'auteur a réunis en volume sous 
le litre commun de Monsieur veut rire ( 189 /). 



Aucun de ces trois romans n'a été V origine d'un 
enthousiasme dans le public ; seuls, quelques lettrés 
les remarquèrent dans le flux toujours envahissant 
des publications. Ce n'était j>as suffisant. 

Alors Alfred Capus songe un instant à extraire 
une grande comédie de Qui perd gagne ; c'est 
ainsi qu'il devient auteur dramatique comme il l'a 



— 21 — 

dit lui-même : « Il y a quelques années, j'avais 
publié un roman: Qui perd gagne. Naturellement, 
j'ai eu l'idée d'en tirer une pièce. Je me suis vite 
aperçu que c'était absolument impossible. Et c'est 
en étudiant tes difficultés de près que j'ai constaté 
mes premières dispositions à l'art dramatique ( 1 ). •» 
En effet, l'entreprise, outre les sérieux inconvé- 
nients qu'il y a toujours à tirer une pièce d'un 
roman, n'était pas chose facile. Dans Qui perd 
gagne, si divers d'impressions, si plein de situations 
variées, il n'y a pas une comédie, il y en a dix en 
substance, dont les scènes sont prêtes. Et Capus 
puise dans cette mine fertile qui est d'autant mieux 
la sienne qu'on y a moins fait attention. Il 
emprunte à son vaste roman des situations, des 
lambeaux de dialogues, des personnages et surtout 
des caractères ; avec tout cela, rajeuni, polisse et 
bien vivant, il se composera un ravissant réper- 
toire qui ira de Brignol et sa fille jusques et y 
compris la Veine. D'un épisode il lire d'abord 
Brignol et sa fille, sa première comédie impor- 
tante — car il était déjà l'auteur du Mari malgré 
lui — jouée au Vaudeville (2o novembre 1894). 
Le nom de Farjolle est transformé en celui de 
Brignol ; le héros de Qui perd gagne est un peu 
vieilli, et il a une qrande fille de manière a amener 
le dénouement qui est une transposition de celui 
du roman. 

Le type de Brignol était nouveau au théâtre, 
mais c'était aussi un personnage dangereux : c'est 
un escroc sympathique a cause de son incons- 
cience, un escroc sans le savoir, peut-on conclure 
malgré que Brignol soit avocat. La critique accueil- 
lit avec quelque bienveillance cette œuvre très 



1. Enquête sur le Métier dramatique, Revue bleue, 
lb août 1902. 



— 22 — 

curieuse d'un débutant que l'on savait déjà homme 
de grand esprit. Capus a conservé de cette année 
1894. comme il Va écrit quelque part, « un sou- 
venir doux et triste » : sa première comédie enfin 
jouée, représentée vers l'époque de la condamna- 
tion du capitaine Dreyfus, n'ayant que huit repré- 
sentations, n est-ce pas un événement doux et 
triste? Puis, danscette même année le futur auteur 
des Deux Kcoles faillit succomber à une fièvre 
typhoïde, et il entra au Figaro. Voilà plus de faits 
qu'il n'en faut pour garder un souvenir. 

Après cet essai, pendant une année — marquée 
seulement par la publication de Années d'aven- 
tures, — Alfred Capus est éloigné de la scène. Il 
est un nouveau venu au théâtre, et les directeurs 
mettent à ce moment-là peu d'empressement à le 
jouer. Enfin, sur un théâtre voisin du Vaudeville, 
aux Nouveautés, il fait représenter Innocent ! 
comédie écrite en collaboration avec son ami 
Alphonse Allais [1896). Le succès de cette pièce 
n'est pas encore considérable, mais il est cepen- 
dant plus franc que celui réservé précédemment à 
Brignol et sa fille. Puis une nouvelle attente est 
infligée au collaborateur du Figaro. Ce n'est 
qu'après la représentation de Tom (1897), petite 
pièce en un acte tirée d'une de ses nouvelle*. 
qu'Alfred Capus prend enfin vraiment son essor; 
sa production dramatique représente bien vite 
dès lors un labeur considérable, oscillant entre 
le Gymnase et les Nouveautés, /.'auteur de Qui 
perd gagne s'impose davantage ; il prouve la 
variété de son talent, la souplesse de ses moyens, 
en écrivant coup sur coup des pièces d'esprit badin 
comme Petiles folles (1897)et des comédies larges 
et fortes comme Rosine (18 97), à propos de 
laquelle dus/arc Geffroy affirmait que cette comé- 
die « donnée en fin de saison au Gymnase, est une 



— 23 — 

précise élude de mœurs provinciales, écrite arec 
des préoccupations d'idées générales. C'est une 
œuvre, en ce sens, vraie, raisonnée, complète. Elle 
présente un milieu humain et un auteur. Le 
milieu révèle le souci d'exactitude, le désir de cir- 
conscrire le champ d'expérience, de nous faire 
savoir, quand, et comment l'action s'engage, se 
développe, aboutit (1). » Malgré que la carrière de 
Rosine fut courte, l'œuvre n'en était pas moins du 
meilleur augure pour l'avenir de Capus; elle mon- 
trait toutes ses qualités : la simplicité de Vintrigue, 
un dialogue sobre, naturel, débarrassé de toute 
rhétorique ennuyeuse et vide, voila ce qu'on pou- 
vait déjà y reconnaître. Le succès était proche. 
Après Mariage bourgeois (4898, Gymnase) if appa- 
raît avec Les maris de Léontine {1900) qui égaient 
follement les soirs des Nouveautés pendant l'Ex- 
position universelle. Enfin la Bourse ou la Vie 
(Gymnase, 1900) vient à peine de quitter l'affiche 
que c'est le triomphe de la Veine (1901). Alfred 
Capus voit enfin groupes pour produire son œuvre 
les merveilleux artistes que sont Lucien Guitry et 
Mme Jeanne Granier, dont le talent est en absolue 
concordance avec le sien. Elle sonne enfin pour lui , 
cette heure que Julien Bréard définit d'une façon 
si joliment humaine : « Je ne suis pas superstitieux... 
Je crois que tout homme un peu bien doué, pas trop 
sot, pas trop timide, a dans la vie son heure de 
veine, un moment où les autres hommes semblent 
travailler pour lui, où les fruits viennent se mettre 
a portée de sa main pour qu'il les cueille. Cette 
heure-là, ma petite Charlotte, c'est triste à dire, 
mais ce n'est ni le travail, ni le courage, ni la 
patience qui nous la donnent. Elle sonne à une 
horloge qu'on ne voit pas, et tant qu'elle n'a pas 

1. Revue Encyclopédique, 3 juillet 1897. 



— ti- 
sonné pour nous, nous avons beau déployer tous les 
talents et toutes les vertus, il n'y a rien à faire, 
nous sommes des fétus de paille (/). » Et Von 
connaît le sort de cette comédie que l'incendie du 
Théâtre-Français fit tomber un instant entre les 
mains de M. Porel qui la refusa 

Alors un directeur qui avait accueilli Capus 
avec bienveillance lors de ses débuts d'auteur dra- 
matique, monte la Petite Fonctionnaire, et, trois 
semaines après la Veine, la critique annonce un 
nouveau et chaleureux succès. En ne tenant pas 
compte de la différence d'exécution, on peut 
regarder cette comédie jouée aux Nouveautés, 
comme un pendant à Rosine. 

La Veine et la Petite Fonctionnaire mettent Al- 
fred Capus h la télé des dramatisles d'aujourd'hui. 
Ce n'est, certes, pas chose facile que conserver un 
rang pareil, et cependant il s'y maintient sans dé- 
faillance, avec une sûreté qui serait, au besoin, la 
meilleure preuve de son talent. Le succès le suit 
docilement des Variétés à la Renaissance, des Deux 
r.coles (190.2) à la Châtelaine (1902). A peine est- 
il suspendu légèrement par le Beau jeune homme 
(Variétés, 1903), qu'il se transforme en triomphe 
devant l'Adversaire écrit en collaboration avec 
M.Emmanuel Arène. D'ailleurs que ne devait-il pas 
résulter de la rencontre de l'esprit d'un Capus avec 
l'esprit d'un Emmanuel Arène ? On était certain 
d'avance d'assister à une comédie dont l'allure et le 
dialogue ne seraient pas un instant languissants ; 
mi pouvait compter sur une œuvre, une vraie. 
Ils ont donné mieux encore. L'Adversaire est une 
pièce profondément, tristement humaine ; et c'est 
en quelque sorte une éloquente réponse au trop 
fameux « Tue-la » de Dumas fils. Après l'en— 

i . /..( I eine, Ai-lé i. Scène «>. 



^O 






couragement au carnage apporté par l'auteur de 

la Femme de Claude, (lupus et Arène proposent au 
mari trompé non pas un pardon impossible ou 
ridicule, mais le respect de la femme adultère 
routine individualité humaine. Leur comédie est 
donc, en outre de ce qu'elle est déjà, une œuvre 
généreuse et bonne. 

Alfred Capus recherche volontairement de moins 
en moins la nouveauté îles sujets de comédie. Il 
sait que d'après la vieille sac/esse. « tous les sujets 
sont bons, pourvu qu'ils soient bien traités ». et il 
concentre toute son attention a établir un scénario, 
à faire concorder le mouvement de la phrase avec 
le mouvement de la scène. V arrive ainsi à don- 
ner une véritable originalité d'ensemble à ses 
pièces. D'ailleurs, quand il se met a écrire, l'œuvre 
est déjà entièrement bâtie, les scènes sont bien en 
place et les parties essentielles du dialogue sont 
trouvées. Enfin il connaît tout l'effet qu'on peut 
tirer du rapprochement ou de l'opposition de cer- 
tains mots, de certaines expressions ; aussi son 
théâtre est-il une fourmilière de formules exprès 
sives et sobres, d'expressions lapidaires qui se 
fixent pour toujours dans les mémoires. Et pour 
envelopper tout cela son esprit amusé, parfois para- 
doxal, sourit comme l'homme lui-même d'un sou- 
rire à la fois indulgent et ironique. 



Il est curieux de constater que ce dramatiste dis- 
tingué n'a encore jamais été joué par les Comédiens 
de la République. Son œuvre prochaine. Notre Jeu- 
nesse, lui servira de début au Théâtre Français. 
Ce sera sans doute une affirmation nouvelle d'un 
beau talent dont on a pu voir la mesure partout 
ailleurs que chez les Français. C'est en effet un 



— 26 — 



phénomène rare dans les annales du théâtre de 
voir débuter à la Comédie-Française un écrivain 
qui est, depuis deux ans, Président de la Société 
des auteurs dramatiques, qui est officier de la 
Légion d'honneur, et qui est allé, au nom de fous 
les écrivains français, en Russie (mai 1 90.1) pour 
obtenir, en conformité du droit des gens, un traite- 
ment meilleur à i égard de 
notre littérature nationale. Et 
qui sait si, pour achever une 
ironie digne de ce maître 
ironiste, l'Académie française 
ne lui réservera pas un fau- 
teuil avant la représentation 
de Notre Jeunesse. 




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Autographe cTAlfred Capus. 
(Fac-similé d'une page de manuscrit). 




Alfred Capcs par Cappibl lo (Le Théâtre, avril L903). 



OPINIONS ET DOCUMENTS 



De M. Emile de Saint-Auban : 

On dit trop aisément d'un homme : il est spi- 
rituel — comme d'une femme : elle est jolie. Le 
terme anémié perd sa force. Il faut la lui rendre 
pour l'appliquer avec justesse à M. Alfred Capus. 
Il a vraiment de l'esprit, lui, unesprit suggestif cpii, 
en chatouillant, philosophe. Il n'est pas de ces lettrés 
qui croient la méchanceté drôle ; la légèreté de sa 
verve n'effleure que les épidémies et leur donne, 
en les griffant, la sensation d'une caresse. Les choses 
ont des larmes : M. Capus ne l'oublie pas ; mais il 
a le secret de la métamorphose qui des larmes fait 
un sourire ; il égaie ce qu'il observe et, de chaque 
mélancolie, son analyse émoustillée fait une aima- 
ble drôlerie. Rosine, Les Petites Folles, Mariage 
bourgeois, la Bourse ou la Vie, affirment la nature 
gracieusement audacieuse, le parler vif, la vue 
claire, l'irrespect distingué, la délicate rosserie, 
l'ironie généreuse de ce boulevardier pensant. 

Le stimulant qui pique sa fantaisie est la haine 
bienveillante, l'animosité sans fiel de ce qu'on 
nomme : la vie régulière. Cette régularité tissée par 
les codes, les usages, les préjugés, semble à notre 
écrivain la pire des constitutions, et l'ordre bour- 
geois lui apparaît comme le plus périlleux des 
désordres. Pour le consoler des impudeurs offi- 
cielles, des légalités ennuyeuses, des malpropretés 
consacrées, il lui faut un bon petit concubinage 



— 'àO — 

béni par un brave homme de papa qui s'assied car- 
rément sur les mœurs et les convenances, — ou la 
généreuse improbité, l'incorrection savoureuse d'un 
honnête iilou qui, s'il dupe les actionnaires, ne 
trompe pas les jeunes filles, — ou bien encore une 
vertueuse cocotte, comme M Uo Pervenche, qui a des 
amants, mais cherche un mari, très supérieure, en 
somme, aux femmes qui ont un mari, mais cher- 
chent des amants. 

M. Capus est un intelligent qui connaît la 
minute où il parle, lui prend ce quelle peut don- 
ner et lui rend ce qu'elle mérite. Au métier, fine- 
ment exercé, de journaliste, il a gagné le sens rou- 
blard de 1 actualité, l'art rusé de là-propos; il sait 
que tout est bien, qui vient à point. 

L'Idée Sociale au Ihéûlre, III. Le sourire de 
l'Anarchie, p.. f97. 

De M. Jules Lemaître : 

M. Alfred Capus est un écrivain d'une originalité 
paisible et sûre. D'un seul mot, c'est un« réaliste», 
un vrai, et cela est devenu très rare. Car son réa- 
lisme, à lui, ne se complique ni de naturalisme, ni 
de pessimisme, ni d' « écriture artiste », ni de pari- 
sianisme fait exprès, ni de psychologomanie, ni du 
désir de frapper fort et de nous étonner, ni d'au- 
cune prétention à quoi que ce soit. Il voit clair et 
dit clairement ce qu'il a vu, c'est tout ; naturelle- 
ment « conteur », tranquille, exact, ironique à 
peine. J'ai dit une fois (pie, par sa tranquillité et sa 
lucidité, il me rappelait Alain Lesage, et je ne m'en 
dédis point. 

Ce nom vient d'autant mieux ici que plusieurs 
des histoires contées par M. Capus ressemblent 
assez à des variations d'aujourd'hui sur le vieux 
thème fondamental de Gil Blas. «le n'affirme pas, 






— 31 — 

n'en sachant rien, que Gil Blas et le roman de 
Flaubert : l'Education sentimentale, soient ses 
bibles : mais ils devraient 1 être, et on jurerait qu'ils 
le sont. Avant Bosine, M. Capus avait donné trois 
romans : Qui perd gagne presque un chef d'œu- 
vre , Faux départ et Années d'aventures, et une 
comédie : Brignol et sa fille. Ce ne sont _pas, Dieu 
merci, des études de mœurs mondaines. /X T n de ses 
sujets préférés, c'est la chasse à l'argent, mais con- 
sidérée surtout chez ceux qui n'en ont pas; c'est, 
très simplement, le mal qu'on a à gagner sa pauvre 
vie ; c'est la difficulté des débuts pour beaucoup de 
jeunes gens dans une société tout « industrialisée » 
et où la concurrence vitale devient de jour en 
jour plus dure.} M Capus connaît très bien le 
monde des bizarres professions parasites créées par 
ces nouvelles conditions sociales, le monde des 
coulissiers, des hommes d'affaires, des agents de 
publicité... Et il ne connaît pas moins bien la vie 
de la petite bourgeoisie, parisienne et provinciale. 
Il possède, au plus haut point, le don de nous inté- 
resser à d'humbles existences, humblement tour- 
mentées; cela, sans nulle sensiblerie, même sans 
aucune sensibilité avouée, et aussi sans « effet » de 
style, et enfin sans combinaison artificielle d'évé- 
nements, rien que par la minutieuse, lucide et 
imperturbable accumulation de très humbles détails 
familiers. Son roman : Années d'aventures, est, à 
cet égard, un livre surprenant. Oui, plus j'y songe, 
plus je me figure que son originalité est d'être un 
réaliste à la manière classique ; réaliste sans épi— 
thète ; ni russe, ni évangélique, ni amer, ni moral, 
ni même immoral. Mais, justement parce qu'il voit 
très bien la réalité et qu'il va presque toujours, de 
lui-même, à la réalité moyenne (la réalité moyenne, 
ce n'est pas brillant, non, mais c'est infini), l'œu- 
vre de M. Capus me paraît beaucoup plus large- 

3 



29 



ment significative que quantité de parisienneries et 
de psychologies en renom. 

Revue des Deux-Mondes, 1 er juillet 1897. 

De M. André Rivoire : 

Le triomphe éclatant de la Veine ne surprit per- 
sonne : le public un peu renseigné savait depuis 
longtemps que M. Alfred Capus était l'homme le 
plus spirituel du monde, avec MM. Maurice Don - 
nay, Tristan Bernard et quelques autres. On citait 
de lui des mots délicieux. Pendant des années, il 
avait signé, presque chaque jour, dans le Figaro, 
de menus dialogues, toujours charmants de fantai- 
sie précise et de verve frondeuse, où étaient mis en 
scène et « blagués » plaisamment les hommes et les 
choses, au hasard de l'actualité. Romancier et con- 
teur, il avait publié trois romans : Qui perd gagne. 
Faux Départ, Années d'aventures, et un autre 
volume, Monsieur veut rire. Au théâtre, ses pièces 
avaient été remarquées. La liste en était déjà lon- 
gue, depuis Brignol et sa fille, qui fut son début 
véritable, sinon son premier essai dramatique. On 
avait applaudi, tour à tour, Innocent et Petites Fol- 
les aux Nouveautés, Mariage bourgeois et Rosine 
au Gymnase, puis, plus récemment, les Mans de 
Léontine et la Bourse ou la Vie, et, entre temps, 
de petites saynètes comme Mon Tailleur et Tom. 
Toutes ces pièces étaient intéressantes, d'observa- 
tion fine et toujours directe, le dialogue alerte et 
amusant. Elles avaient enchanté les critiques et les 
délicats : la foule y venait peu à peu. A chaque 
pièce nouvelle, le succès était plus franc, cl durait 
plus: un triomphe prochain était probable; les 
amis de M. Alfred Capus affirmaient que ce triom- 
phe était sûr. 

Et ce fut la Veine, puis, quinze jours après, la 



— 33 — 

Petite Fonctionnaire ; puis, la saison dernière, les 
Deux Ecoles ; hier, la Châtelaine. 

M. Alfred Capus a conquis désormais, au théâtre, 
une situation exceptionnelle, qui rappelle beaucoup 
celle de Meilhac et Halévy. La réussite de ses 
pièces semble assurée d'avance : personne n'en 
doute ; les directeurs l'escomptent ; tout le monde 
se sent en confiance, à commencer par l'auteur lui- 
même. Maintenant que l'attention et la curiosité du 
public sont éveillées, il semble qu'il n'y ait aucune 
raison pour qu'elles soient jamais déçues. Le public 




Alfred C.vri js par Sem (Art du théâtre, novembre 1902). 



connaît M. Alfred Capus ; surtout, M. Alfred Capus 
connaît le public : il est homme à savoir donner 
aux gens ce qu'ils viennent chercher au théâtre. 
Avec ses qualités brillantes et prime-sautières, 



aucun talent n'est plus réfléchi, plus méthodique, 
ni plus conscient que le sien. Son œuvre est tou- 
jours de plus en plus charmante : elle s'est faite de 
plus en plus accessible à tous. Il faut suivre l'auteur, 
pas à pas, pour bien voir avec quelle sûreté il s'est 
acheminé jusqu'à cette maîtrise de lui-même et du 
théâtre où il est aujourd'hui parvenu... 

Lu Revue de Paris, 15 novembre 1902. 

De M. Jean Carrôre : 

Voici qui, au premier abord, va paraître sans 
doute un paradoxe. Mais je donne ma parole que 
je ne me suis jamais exprimé avec plus de sincérité. 
Au surplus, j'espère bien, avant la fin de cet arti- 
cle, faire partager mon sentiment par tous mes lec- 
teurs. Je considère la dernière œuvre de M. Alfred 
Capus, la Châtelaine, comme une comédie idéaliste, 
et l'influence réconfortante qui rayonne à chaque 
scène provient du même foyer vivifiant et solaire 
que celui où s'alimentent et se réchauffent toutes 
les productions populaires de l'esprit humain, épo- 
pées ou drames, comédies ou romans, dans lesquels 
un héros sympathique et intrépide conduit à son 
gré les événements de la vie, par le prestige de sa 
volonté el la magie de sa séduction lumineuse. 

La Châtelaine appartient donc, par une filiation 
lointaine, à celle nombreuse et brillante famille, 
très variée, mais pourtant très homogène où l'on 
compte déjà comme membres les plus célèbres: 
l'Odyssée et les Trois Mousquetaires, les comédies 
de l'école espagnole et nos romans de chevalerie, 
les Mille Nuits et une nuit el VEttore Fieramosca, 
les coules de fées ei les récils de Fcniinore Cooper. 
Bref, la Châtelaine de M. Capus, si étrange que 
paraisse le mot, est une œuvre héroïque. 

J'entends protester ceux qui ont pris coutume 



d'étiqueter les gens sur une formule convenue et 
qui, pour la commodité de leur esprit, ne veulent 
en changer jamais. Capus, auteur d'œuvres 
héroïques? Capus, si parisien, si moderne, si bou- 
levardier, si... ? Parfaitement, mes excellents snobs, 
il est tout ce que vous dites, et héroïque tout de 
même dans sa dernière production. 

Peut-être bien l'auteur, un peu stupéfait, 
sera-t-il le premier à sourire derrière son monocle ! 
Et pourtant, qui sait? Il arrive parfois aux poètes 
de deviner eux-mêmes tout ce qu'ils mettent dans 
leurs œuvres; et M. Capus en est bien capable ! 

Mais qu'il l'ait voulu ou non, qu il ait évolué 
avec préméditation ou agi par un instinct plus fort 
que lui-même, il n'en reste pas moins qu'il a renoué 
dans la Châtelaine la tradition impérissable des 
œuvres nettement idéalistes, où le désordre, le 
mal et la perfidie sont dominés et rachetés par la 



Concours cfu Conservatoire 
LE JURY DE TRAGÉDK 




Dessin de Gros {Figaro). 



— 36 - 

volonté rayonnante d'un être supérieur ; et par 
conséquent il a créé un héros... 

Revue hebdomadaire, 15 novembre 1902. 

De M. J. Ernest-Charles : 

La gloire d'Alfred Gapus est, elle sera plus 
éclatante qu'elle ne fut bruyante, je l'ai dit ; cela, 
d'ailleurs, est rare autant que distingué. Et il faut 
que nous nous en réjouissions. Nous autres journa- 
listes surtout, nous devons particulièrement être 
enclins à nous en réjouir. Et si nous ne nous réjouis- 
sons pas du triomphe de Capus par plaisir et par 
sympathie, que ce soit du moins par intérêt. Alfred 
Capus, en effet, fut journaliste, et il est devenu 
écrivain Aventure merveilleuse, et dont la posté- 
rité, je le pressens, demeurera toute surprise. Elle 
sera presque incrédule, la postérité, si nous n'y 
prenons garde. Notre devoir est de prendre garde. 
Il est profitable, il est nécessaire que les journalis- 
tes montrent bien tous les liens qui les rattachent 
au monde de la littérature ainsi qu'à la vie litté- 
raire. De cette façon, on lardera davantage à se 
rendre compte de la révolution déplorable dont la 
presse contemporaine est victime. On apercevra 
moins qu'elle est envahie de plus en plus par des 
agents d'affaires ou par des auxiliaires discrets et 
assez bien rétribués de tous les pouvoirs. Et on 
pourra penser encore que ceux «qui écrivent dans 
les journaux » sont de braves gens, soucieux, avant 
tout, d'exprimer en langue française des idées fran- 
çaises, pour les répandre parmi le peuple- Hélas ! 
depuis Darwin, Spencer et Auguste Comte, tout 

évolue. Les bons journalistes dès maintenant 

deviennenl célèbres dans l'administration, la politi- 
que, la police, la magistrature ou la diplomatie. 
Naguère, ils devenaient illustres dans les lettres. 



- 37 — 

Alfred Capus nous rappelle des temps qui ne sont 
plus, ou bien prolonge une époque qui disparaît. 
Remereions-le au nom d'une corporation qui a bien 
de la peine à se reconnaître tant elle est différente 
d'elle-même. En cet auteur dramatique charmant, 
glorifions avec insistance le membre actif de l'As- 
sociation des Journalistes parisiens. 

La République, 16 avril 1901. 

Alfred Capus à la campagne : 

Je viens de passer quelques jours chez Alfred 
Capus, à Vernou-sur-Brenne. L'auteur de la Châ- 
telaine n'est pas encore un châtelain et, très modes- 
tement, il a laissé acquérir par d'autres les châteaux 
d'Amboise et de Chenonceaux. Mais il n'en a pas 
moins, au bon soleil de la Touraine, une très jolie 
maison qu'il acheta toute petite et qui, déjà, s'est 
fort agrandie et embellie. De beaux arbres l'abritent 
et l'ombragent et, d'année en année, elle voit s'éten- 
dre et s'allonger devant elle les vignes et les prés, 
les bonnes terres tourangelles où poussent drus et 
serrés les blés, les seigles, les luzernes et où vien- 
nent les jolis ceps tout chargés de grappes blanches, 
promettant déjà à la table de famille l'abondante 
récolte, l'ample provision de bon vin de Vouvray, 
clair et joyeux. 

C'est devant ce décor de la nature qu'Alfred 
Capus fait du théâtre. Et beaucoup plus que toutes 
les psychologies, et toutes les philosophies, ce sim- 
ple spectacle explique les succès toujours crois- 
sants, l'œuvre toujours souriante et heureuse de 
l'auteur de la Veine et de la Petite Fonctionnaire . 
La veine, elle semble se manifester à chaque pas, 
venir en quelque sorte au-devant de vous dans ce 
délicieux pays de Touraine où tout le monde est 
content de son sort et où chacun prend la vie par 



— 38 — 

son bon côté. Capus, pour mieux m'arracher de 
Paris, m'avait promis qu'il ferait là-bas un temps 
merveilleux. Il a plu pendant deux jours, et je n'ai 
pas manqué de lui en faire la remarque Mais il 
m'a doucement répondu que si c'était désagréable 
pour moi, c'était excellent pour l'agriculture, 
et qu'il valait donc mieux que les choses fussent 
ainsi. 

Ses meilleures œuvres ont été conçues et mûries 




Alfred Capus par Hermànn-Paul [Écho de Paris, 26 fév. li>03) 



— 39 — 

en ce coin de Touraine d'une douceur et d'une 
amabilité si propices. On n'y est dérangé par aucun 
bruit parisien, et les tramways, les bicyclettes et les 
automobiles n'ont pas encore envahi ces routes 
adorables. Le chemin de fer lui-même ne passe 
qu'avec discrétion, n'osant sans doute pas siffler 
devant un auteur aussi applaudi. Les voisins sont 
courtois et peu encombrants. Chacun jouit pour 
soi-même de la campagne... 

Capus, après avoir rempli dans la matinée ses 
devoirs d'agriculteur, consacre ses après-midi à la 
pièce qui servira de réouverture au théâtre de la 
Renaissance Lui qui est d'ordinaire si discret sur 
ses œuvres nouvelles a bien voulu faire exception 
pour celle-là, et il m'en a lu quelques scènes. Je 
les ai trouvées délicieuses. 

Mais je n'en ai pas été autrement surpris, d'abord 
parce que, comme tout le monde, je savais par 
cœur le répertoire déjà célèbre de Capus. Et puis, 
parce que, maintenant, je connaissais le lieu et les 
conditions où il a été écrit Ce doit être une sensa- 
tion charmante de produire dans ce recueillement 
et ce mystère des choses faites pour la lumière et 
pour le bruit, et de créer des œuvres retentissantes 
au milieu des gens qui les ignorent, et qui vous 
ignorent vous-même. 

Le Figaro, 29 juillet 1903. [De M. Emmanuel 
Arène (Le Passant i]. 



BIBLIOGRAPHIE 



EDITIONS 

Les honnêtes gens, nouvelles en collaboration avec 
L. Vonoven, in-18, A. Ghio, Paris, 1878. — Qui perd 
gagne, roman, in-18, Ollendorff, Paris 189i> ; réédité 
avec couverture et illustrations de R. Lelong, in-16, 
même librairie, 19J0. — Faux départ, roman, in-18, 
Ollendorff, Paris 1891 ; réédité avec couverture et illus- 
trations de Cappiello, in-16, éditions de la Revue Blan- 
che, 1902. — Monsieur veut rire, nouvelles, in-18, 
Ollendorff, Paris, 1893. — Années d'aventures, roman, 
in-18, Ollendorff, 1895; réédité avec couverture et illus- 
trations de Hermann-Paul, in-16, E. Fasquelle, Paris, 
19u3. — Brignol et sa fille, comédie 3 actes, in-18, 
Ollendorff, Paris, 1895. — Rosine, comédie 4 actes, 
in-18, Ollendorff, Paris, 1897. Petites folles, comé- 
die 3 actes in-18, Ollendorff, Paris, 1898. — Mon Tail- 
leur, comédie 1 acte, « Les pièces à succès, n° 5 » in-8, 
Flammarion, Paris, 1899. — Li Bourse ou la Vie, comé- 
die, 4 actes, 5 tableaux, supplément à V Illustration, 

15 décembre 1900 ; édité avec couverture illustrée de 
Cappiello, in-18, éditions de la Revue Blanche, Paria, 
1901. — La Veine, comédie 4 actes, couverture de Cap- 
piello, in-18, éditions de la Revue Blanche, Paris, 1908. 
— Les maris de Léontine, comédie3 actes, couverture 
de Sem, in-18. E. Fasquelle, Paris. 1903. — Les Deux 
Ecoles, comédie ■'» actes, couverture de Cappiello, in-18, 
E. Fasquelle, Paris, 19i>3. — L'Adversaire, comédie 
4 actes, en collaboration avec Emmanuel Arène, in-18, 
E. Fasquelle, Paris, 1904, supplément à Y Illustration, 

16 janvier 19. )4. — Sous presse : La Petite Fonction- 
naire, comédie 3 actes. — La Châtelaine, comédie 
4 actes. — Le Beau jeune homme, comédie 5 actes, 
E. Fasquelle, éditeur, Paris. 

La châtelaine, roman tiré par Jacques îles Gâchons, 
de la comédie d'A. Capus, in-18, Juven, 19 i3. 

PRÉFACE à Nos artistes, annuaire des théâtres et 



— il — 

concerts, 1901-1902, par Jules Martin. — A Des Connus 
et des Inconnus (album de 25 dessius). par Sacha Gui- 
try. 1903. 

COLLABORATIONS. — Le Clairon (1882-33) SOU3 
le pseudonyme de Canalis. — Les Grimaces (1883). — 
Le Gaulois ( 1883-91). — Scènes de la Veine, Les Deux 
Ecoles, Le Beau jeune homme, l'Adversaire (aux dates 
des premières). — L'Echo de Paris (1893-1894) sous le 
pseudonyme de Graindorge. — La Revue Bleue (1892- 
1894) tous les quinze.jours.— L'Illustration (1889-1893). 

— Le Gaulois du dimanche. — Le Soleil du dimanche. 

— Le Figaro (1894-1904) et scènes de comédies. 

ŒUVRES REPRÉSENTÉES 

Le mari malgré Jui, comédie 1 acte, en collaboration 
avec L. Vonoven. matinées Talieu (Théâtre Cluny). 
20 avril 1879, 18 représentations. — Brignol et sa fille, 
comédie 3 actes, Vaudeville, 23 novembre 1894, 8 repré- 
sentations ; Mmes M. Samary, Lecomte : Mme Brignol, 
Cécile ; MM. Dieudonné, Lérand : C l Brunet, Bri- 
gnol : — reprise à l'Odéon. 22 octobre 19)1. 50 repré- 
sentations ; Mlle Piérat, M. Coste : Cécile, Brunet. — 
Innocent ! comédie 3 actes, en collaboration avec- 
Alphonse Allais. Nouveautés, 7 février 1898, 29 repré- 
sentations. — Tom, comédie 1 acte. Nouveautés, 
16 février 1897, 124 représentations. — Rosine, comé- 
die 4 actes, Gymnase, 2 juin 1897, 17 représentations ; 
Mmes Grassot Valdey : Lucie Butaud. Rose ; MM. Bois- 
selot, Maury : Desclos, Georges ; reprise en 189S, 
7 représentations. — Petites folles, comédie 3 actes. 
Nouveautés, 13 octobre 1897, 75 représentations ; 
Mme M. Lender : Lucienne : MM. Germain. Tarride : 
Bridel. Denoizeau. — Mariage bourgeois, comédie 4 actes, 
Gymnase, 5 mars 1895, 20 représentations. — Mon 
Tailleur, comédie 1 acte, Figaro, 15 mai 1898. Mme J. 
Granier : Marguerite : M. Frédal. Pierre ; reprise Odéon 
27 mai 1893, matinée au profit de l'Association des Jour- 
nalistes. — Les Maris de Léontine. comédie 3 actes. 
Nouveautés, 14 févrierl900, 159 représentations ; reprise 
même théâtre, 20 mars 1903, 63 représentations ; 
Mme Cassive : Léontine. MM. Germain. Torin : A. Dubois, 
le baron. — La Bourse ou la Vie, comédie 4 actes, 
5 tableaux, Gymnase, 4 décembre 1900, 83 représenta- 
tions ; Mmes J. Rollv. Rvter : H. Herbaut, Pervenche ; 



— 42 — 

MM. Galipaux, Gémier : Brassac, Le Houssel. — La 
Veine, comédie 4 actes, Variétés, 2 avril 1901, 161 repré- 
sentations ; Mmes J. Granier, M. Lender, E. Lavallière: 
Charlotte Lanier, Simone Baudrin, Joséphine ; MM. Gui- 
try, Brasseur, Guy : Julien Bréard Edmond Tourneur, 
Ghantreau. — La Petite fonctionnaire, comédie 3 actes, 
Nouveautés, 21 avril 1901, 216 représentations ; 
Mmes Thomassin, R. Maurel : Suzanne, Mme Lebar- 
din ; M. Germain : Lebardin. — Les Deux Ecoles, 
comédie 4 actes, Variétés, 28 février 1902, 171 repré- 
sentations ; Mmes J. Granier, M. Magnier, E. Lavallière 
Henriette, Mme Joulin, Estelle ; MM. Baron, Brasseur, 
Guy : Joulin, Edouard, Le Hautois. — La Châtelaine, 
comédie 4 actes, Renaissance Guitry, 25 octobre 191)2, 
166 représentations ; Mme J. Hading, Rosa Bruck ; 
Thérèse de Rives, Mme de Morène ; MM. Lucien Gui- 
try, Tarride, Boisselot ; André Jossan, de Rives, de 
Morène. — Le Beau jeune homme, comédie 5 actes, 
Variétés, 27 février 1903, 43 représentations ; Mmes L. 
Yahne, Thomassin. E. Lavallière : Mme Jounel, Marthe, 
Paulette ; MM. Baron, Brasseur, Guy : Bluche, V. Bri- 
doux, Jounel. — L'Adversaire, comédie 4 actes, en colla- 
boration avec Emmanuel Arène, Renaissance Guitry, 
23 octobre 1903, 164 représentations ; Mmes M. Bran- 
dès, Samary, Darcourt rMarianne Darlay, Mmes Gré- 
oourt, Bréautin ; MM. Lucien Guitry, Guy. Pierre 
Magnier, Arquillière : M. Darlay. Chantraine, Langlade, 
Limeray. 

A CONSULTER. — P. Acker : Petites confessions 
(Visites et portraits), 19i)3, Paris, Fontemoing, in 16. — 
Lucio d' Ambra : Letterati contemporanei : Alfred Capus, 
Emporium, septembre 1903, Bergamo. — Louis Dumur : 
Alfred Capus. Critica! Veekly, 1 er nov. 1903. —Ad. 
Brisson : A. Capus, Revue Illustrée, 15 juillet 1901. — 
J. Ernest-Charles : La littérature française d'au- 
jourd'hui, 1902, in 18, Perrin — Alfred Capus, roman- 
cier. Revue bleue, 28 mars 1903. — G. Grappe : Alfred 
Capus. Revue bleue, 4 octobre 1902. — Jules Lemaitre : 
Impressions de T/téàtre, vol. 8, 9 et 10. — In 18. 
Lecène-Oudin. — Catulle Mendès : L'art au théâtre, 
in 18 Fasquelle. - Georges Pelissier : Etudes de litté- 
rature contemporaine, 2° série, in ls, Perrin, 1901. — 
P. L : Le métier dramatique, Enquête de la Revue 
bleue, 15 août 1902. — André Rivoire : Alfred Capus, 
Revue de Paris, 15 novembre 190:2. — Emile de Saint- 
Auban : L'Idée sociale au Théâtre, 1901, in 18, Stock. 



— 43 — 

ICONOGRAPHIE.— Henry Bataille : Portrait (litho- 
graphie) publiée dans Têtes et pensées, in f° Ollendorff, 
19 >1. — Cautin et Berger : Photographies. — Cappiello : 
Portrait charge, le Figaro, 5 avril 19 H. Portrait-charge, 
n° spécial {Le Théâtre de Capjnello), du « Théâtre » 
avril 19U3. — Dornac : Alfred fiapus chez lui. — Her- 
mann-Paul : Portrait-charge. L'Écho de Paris, 26 février 
1903. — Le Théâtre, novembre (I) 19)3 : les auteurs 
de V Adversaire, cliché Boyer. — Ernest la Jeunesse : 
V Assiette au beurre (nos académisables.j Sem : por- 
trait-charge, V Art du théâtre, novembre i9u2. — Les 
Annales politiques et littéraires : les collaborateurs 
des Anna' es (collection de cartes postales) : Alfred Capus 
dans son cabinet de travail. 



TABLE DES MATIERES 



Pages 

Alfred Capus par Edouard Quet 5 

Opinions : 

De M. Emile de Saint-Auban 29 

De M. Jules Lem.utre 30 

De M. André Rivoire 32 

De M. Jean Garrère 34 

De M. J. Ernest -Charles 36 

Alfred Capus à la campagne, par M.Em. Arène. 37 

Bibliographie 40 

ILLUSTRATIONS. 

Portrait frontispice (cliché). 

Autographe d'Alfred Capus 27 

Caricature par Cappiello 28 

Caricature par Sem 33 

Concours du Conservatoire par Gros ... 35 

Alfred Capus par Hermann-Paul 38 



Mayenne, Imprimerie Cii. Coli>-. 



PQ Quet, Edouard 

2203 Alfred Capus 

C7Z834 



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